Généalogie et Naissance

Dans l’introduction de son éloge panégyrique sur le prophète Mouhammad (PSL) , imprimé pour la première fois à Ibadan au Nigeria, Baye Niass décrit ainsi sa lignée :

Il est

1. fils de El Hadji Abdoulaye

2. fils de Seyyidi Muhammad

3. fils de Mademba

4. fils de Bakary

5. fils de Muhammad Al Amin

6. fils de Demba

7. fils de Rida

8. fils de Chamsou Dine Missina

9. fils de Ahmad

10.fils de Abiboullah

11.fils de Baba

12.fils de Ibrahima

13.fils de As-Siddiq

14.fils de Ibn Naafiah

15.fils de Qays

16.fils de ‘Aqil

17.fils de Amr

Grandes dates de la vie de El Hadji Abdoulaye NIASSE

1844: NAISSANCE

1890: PELERINAGE A LA MECQUE ET VISITE A FEZ

1894: EMIGRATION EN GAMBIE (KEUR SAMBA)

1898: INSTALLATION A SANO (GAMBIE)

1910: Installation à Léona Niassène

1911: DEUXIEME VISITE A FEZ

1922: DECES

Du Djolof au Saloum…

Leur origine sénégalaise provient d’une grande famille de forgerons du Djolof, de laquelle ils ont tous hérité ce nom de famille sénégalais. L’action d’El Hadji Abdoulaye Niasse se situe dans une période de profonde instabilité géopolitique de la Sénégambie, marquée par l’effondrement des systèmes politiques traditionnels, et la conquête puis l’implantation coloniale française dans cette région.

A Mettre photo El Hadji Abdoulaye NIASSE

Cette implantation ne se fera point sans une résistance à laquelle ont été étroitement associées en Sénégambie la Tijaniyya et la figure de Maba Diakhou Bâ. Celui-ci fut initié à la Tijaniyya par Al-Hajj Umar vers 1850. Après avoir soumis les principautés mandingues des rives de la Gambie au début des années 1860, Maba conquit tout le Saloum dès 1864, avant de soutenir en Sénégambie septentrionale la campagne de Lat Dior au Kajoor et d’Alboury Ndiaye dans le Jolof.

La guerre sainte Maba lança un appel à toutes les familles maraboutiques musulmanes du Sénégal à se joindre à lui pour faire le Djihad et combattre les colons et leurs missionnaires. Selon Cheikh Ibrahim Niasse, son grand-père Sidi Muhammad ainsi que son père Abdoulaye Niasse ont émigré au Saloum, lorsqu’Abdoulaye était âgé de 21 ans (soit vers 1865) pour répondre à l’appel au Djihad de Maba. Ce dernier avait alors concédé toute l’étendue des territoires se situant entre Nioro et Koular aux marabouts du Jolof. Muhammad Niasse, le père d’Abdoulaye, fonda le village de Niassène, et Momar Anta Sali, le père d’Ahmadou Bamba Khadimou Rassoul, le village de Porokhane.

En réaction contre ce qu’ils considéraient comme un complot Tijani associant marabouts et aristocrates et visant à soumettre la Sénégambie, les Français apportèrent un soutien logistique important aux adversaires de Maba. Ce fut lors d’une bataille contre l’un de ses adversaires, notamment le Sine, que Maba Diakhou tomba en 1867. La plupart des marabouts se distancèrent alors de la résistance armée. Mouhammad Niasse, le père d’Abdoulaye Niasse comptait au nombre de ceux-ci. Après avoir combattu aux côtés de Maba, il s’abstint de prendre parti en faveur des prétendants à sa succession, son fils Saër Maty et son frère Mamour Ndary et se retira dans son village de Niassène.

L’enseignement de son université islamique et son impact Selon El hadji Ibrahim Niass, son père mémorisa et maitrisa le coran, de même que ses deux proches aïeuls. Il se perfectionna auprès de son père Mouhammad et devint un maître incontesté dans tous les domaines des sciences islamiques.

El Hadji Abdoulaye Niasse était partisan d’une continuation de la Guerre sainte. Il se rangea dans un premier temps du côté de Saër Maty dont il était devenu le professeur et un des conseillers les plus écoutés jusqu’en 1887. Celui-ci le nomma d’ailleurs Cadi (juge) de toutes les contrées environnantes du Sine Saloum. Il se retirera dans le village de Taïba Niassène qu’il avait fondé en 1884 et se consacra à l’islamisation pacifique des tribus et des ethnies sénégambiennes, à l’agriculture et à l’enseignement des sciences religieuses. El Hadji Abdoulaye Niasse se rend au pèlerinage à la Mecque en 1890 et visite la zawiya-mère de la Tijaniyya basée à Fez. Il y rencontra les principaux maîtres de la zawiya de Fez de l’époque notamment Sayyid al-Bashir al Tijani, Muhammad Wuld Abdallawi, Sidi Tayyib Sufyani, et Ahmed Sukayridji.

En Sénégambie, son audience et sa clientèle augmentèrent considérablement au cours de la dernière décennie du siècle dernier et il forma plusieurs ulémas lors de ses déplacements en même temps qu’il répandait les enseignements de la Tidjanya auprès de ceux-ci. Un rapport du commandant de Nioro le donnait pour le marabout ayant le plus de disciples dans le Rip et dans le Saloum. De même, Paul Marty qui donne une idée assez précise de la distribution de la clientèle d’Abdoulaye Niasse dans la Sénégambie, fait valoir que de tous les groupements religieux dérivés d’al-Hajj Umar, la branche qu’El Hadji Abdoulaye Niasse a fondée, était la plus importante, hors Futa. Emigration en Gambie Cette influence grandissante d’El Hadji Abdoulaye Niasse finit par porter ombrage à Mandiaye Bâ, le fils de Mamour Ndary. Ce dernier, de concert avec l’administration coloniale, accuse Abdoulaye Niasse d’inciter à la révolte contre les Français en 1901. Bien que l’accusation fût infondée, une dure répression s’abattit sur Abdoulaye Niasse. Le village de Taïba Niassène fut détruit par les Français et les biens d’El Hadji Abdoulaye confisqués. Il se réfugia, ainsi qu’un nombre important de ses disciples, en Gambie, d’abord dans un village nommé Keur Samba Yacine à proximité de Ndiamacounda, puis ensuite à Sam à proximité de Koughel où il séjourne jusqu’en 1910.

A cette date, il fut autorisé par les Français à s’installer à Kaolack (Léona Niassène) grâce à la médiation d’El-Hadj Malik Sy, auquel il était très lié, en tant qu’alter ego, mais dont il n’était pas le disciple contrairement à une opinion répandue. Figure monumentale dans la Tarikha et l’Islam, El Hadji Abdoulaye, a laissé une immense production littéraire qui couvre des domaines aussi variés que les sciences islamiques, la pharmacopée ou encore la médecine traditionnelle. Cependant ses migrations subites et répétées, sa cité brulée ainsi que sa mosquée et la confiscation de ses biens par le colon ont laissé peu de ses ouvrages à disposition de sa descendance.

Vient alors la consécration dans la voie tidjane Entretenant des relations étroites avec les différentes zawiyas de la Tijaniyya, El Hadji Abdoulaye Niasse avait reçu et/ou rendu visite à des shaikhs des principaux zawiyas du Maghreb, du Machrek, et de la Mauritanie, notamment d’Ahmad ibn Sa’ih de Ayn Madi, Tayyib Sufyani de Fez, Muhammad Wuld al-Shaikh des Idaw Ali du Trarza, et le qadi Sukayraj Iyashi. Il avait obtenu au total 11 silsilas (chaînes de transmission de la Tariqa) dans la Tijaniyya. Lors d’un de ses voyages à Fez, les responsables de cette zawiya lui conférèrent l’Itlaq (autorisation illimitée), consécration suprême à la voie Tijaniyya. Ainsi, il devenait le premier en Sénégambie à avoir à cette époque cetteconsécration dans la Tijaniyya. L’année 1922 fut le témoin de la disparition des deux plus grandes figures de la Tijaniyya sénégalaise. Le 9 juillet, Al-Hajj Abdoulaye Niasse rendait l’âme, soit douze jours après al-Hajj Malick Sy, décédé le 27 juin. A son fils aîné et successeur Muhammad, Abdoulaye Niasse léguait le leadership d’une communauté économiquement prospère et très réputée sur le plan intellectuel.

Tel est le contexte dans lequel devait naître et évoluer Cheikh Al Islam El Hadji lbrahima Niass en octobre 1900 à Taïba Niassène près de Nioro du Rip, dans la région de Kaolack. Son père est El Hadj Abdoulaye Niasse, et sa mère Sokhna Astou Diankha. Ce jour du 15 Rajab est assurément un jour d’une importance primordiale pour les millions de personnes, qui boiront à sa coupe le nectar de la connaissance divine. Personnes qui verront leur intérieur illuminé par l’amour de Dieu, et leur extérieur vêtu de plus bel habit de l’Islam : l’Ihsan.

De son Taïba Niassène natal jusqu’en Chine (1964), en passant par Fès (fief de la Tijaniyya), l’Amérique (par son petit-fils Imam Hassane Cissé), l’Arabie, et tout près de nous, la Gambie, la Guinée, le Nigéria, le Niger, le Ghana etc., la Faydha Tijaniyya va se déverser en trombe en illuminant les cœurs de la gnose, connaissance mystique, et du hubbu al-nabiy (l’Amour du Prophète). La position stratégique de Kaolack et les relations suivies de son père avec les lettrés du Sénégal, de la Mauritanie et l’Afrique du nord font de la maison paternelle un endroit privilégié où le jeune Ibrahim étudie les sciences religieuses telles que l’exégèse, la jurisprudence, la théologie, la grammaire arabe, la rhétorique, la métrique, la biographie du Prophète (PSL), etc. Cette formation classique fait de lui un intellectuel aguerri, un professeur hors-pair qui clamera haut et fort n’avoir suivi les cours d’aucune université, ni bénéficié du savoir d’un maître autre que son père. Ceci, afin de montrer une fois encore, s’il en est besoin la stature de celui qu’on surnomme affectueusement « Al Djaddi » (notre grand-père).Son éducation et sa formation S’il y a deux intérêts auxquels le contexte que nous venons de décrire devait prédisposer El Hadji Ibrahima Niasse, c’était bien la recherche du savoir et le goût pour le tasawwuf. Même si les contacts avec les ulémas du Maghreb et de la Mauritanie ont contribué à affiner son érudition, le seul maître avec lequel, il ait appris est son père El Hadji Abdoulaye Niasse. Il confirma cela dans une interview accordée à la radio nationale gambienne en 1968, en ajoutant, par ailleurs, n’avoir pas eu de professeur après le décès de celui-ci. Selon Feu Imam Hassan Cissé, El Hadji Ibrahima Niass maîtrisa le Coran très tôt et son père lui réservait un traitement strict, sans égal, sans concession et incomparable à celui des autres étudiants, et ce aussi bien dans les travaux familiaux, agricoles que dans les épreuves de mémorisation, de récitation et de réflexion religieuse.

Parmi les centaines d’étudiants de son père, il se distingua très tôt par la clairvoyance de ses sentences et ses qualités remarquables de visionnaire lors des grands débats d’idées d’ordres exotérique et ésotérique. Cette précocité se manifesta une fois de plus lors de la publication de son premier livre : « l’esprit de la bienséance » (Ruhoul Adab) » alors qu’il avait de 21 ans.

Après le décès de son père, El Hadji Ibrahim Niasse enseigne dans les écoles de Kaolack, Kossi et Taïba sous la direction de son frère aîné Muhammad Niasse. Son érudition et sa piété lui valent l’admiration de nombreux disciples de son père. Dans une conférence dont le thème est la vie de Cheikh Al Islam El Hadji Ibrahim Niass, l’éminent islamologue El Hadji Moustapha Guèye (qui fut un de ses étudiants) affirme que Baye Niass était passé maître dans tous les domaines de la science islamique.

En résumé, lorsqu’on le voyait traiter d’un sujet, l’on pensait que c’était son seul domaine de d’excellence, et Oustaz Barham Diop de préciser qu’il était le pédagogue le plus raffiné qu’il ait connu. Pour preuve, il rendait tellement accessible ses cours et ses explications et que, si on était paresseux, on ne prenait point la peine de réviser correctement, au grand risque de l’oublier.

Islam et souna du prophète. A son décès, son fidèle disciple, celui dont il disait qu’il était le Serigne (guide spirituel) des disciples, Serigne Aliou CISSE (RA), fit ce témoignage simple, mais éloquent sur Baye Niasse : « C’était un musulman ».

Baye Niass, aimait souvent à rappeler à son auditoire le crédo islamique. Il leur

répétait :

• Nous croyons en un seul Dieu unique nommé ALLAH,

• Le prophète Seydina Mouhammad (PSL) est son envoyé et il est le dernier des

messagers.

• Nous prions 5 fois dans la journée

• Nous observons le mois sacré du ramadan

• Nous donnons l’aumône obligatoire

• et nous pratiquons le pèlerinage.

• En plus de tout cela, nous bannissons toutes les interdictions en nous conformant au mieux aux recommandations divines, et y ajoutons des actes surérogatoires nous ajoutons des surérogations.

Dans un témoignage datant de 1997, sa femme d’origine nigériane nommée Ya Balkhiss d’affirmer qu’elle n’a jamais vu Baye Niass ne pas observer les horaires de la prière.

Chaque jour, il allait 5 fois à la mosquée. Lorsqu’il lui était impossible d’y aller à pieds, il se faisait transporter en voiture, et lorsqu’il ne pouvait pas pour raison d’incapacité ou de maladie, on tira un haut parleur jusqu’à coté de sa chambre, de sorte qu’il observait ces moments et ses actes de dévotion en coordination avec la maison divine. Elle résumait la vie de Cheikh Al Islam en disant que le comportement de Baye Niass dans sa vie quotidienne était celui du prophète (PSL). Or Aïcha, la plus jeune épouse du Prophète affirmait que le comportement de l’Envoyé de Dieu (S.W.T) était

le Coran. B Photo : Baye Niass allant à la prière.

Dans une de ses interventions, il rappelait ce hadith dans lequel le Prophète (PSL) affirmait : « La différence entre nous et les autres, c’est l’observation de la prière, celui qui l’abandonne est un mécréant ». (Rapporté par Boukhari) Les populations paysannes et musulmanes sénégalaises ont pris l’habitude de sortir l’aumône obligatoire, le jour même du fauchage de la récolte. Cette pratique est encore aujourd’hui très répandue dans le Djolof et le Saloum et la famille de Cheikh Al Islam agissait ainsi.

En ce qui concerne la zakat sur ses ressources financières, Oustaz Barham Diop a précisé que Cheikh Ibrahima Niass n’épargnait point d’argent parce qu’il y’avait énormément de nécessiteux qui venaient auprès de sa personne lui exposer leurs problèmes qu’il résolvait de la meilleure manière possible. C Photo : Baye Niasse dirigeant la prière du vendredi Il lui arrivait souvent de donner tout ce qu’il détenait par devers lui a tel enseigne qu’il était dans l’incapacité d’assurer sa dépense quotidienne. C’était une tradition tellement répandue à Médina Baye que chaque matin tous les gens qui n ‘avaient pas de quoi subvenir à leurs besoins allaient chez les fils et les familles de marabouts , à tel enseigne qu’après la prière du Fadjr des queues se forment devant des maisons bien connues attendant l’aide que les marabouts leur apportaient inlassablement. Ilavait parmi ses nombreuses responsabilités, ce rôle de répartition de la richesse qui lui arrivait parfois à profusion. Il dit d’ailleurs dans un de ses poèmes :

« Mon visage ressemble à celui d’un roi, d’un émir ou d’un homme de pouvoir, cependant mon intérieur est celui d’un pauvre ».

Pour preuve, il n’a laissé pour héritage que sa demeure, sa bibliothèque et une dette financière assez conséquente. Le mois de Ramadan correspondait à des instants de ferveur accrue dans la vie d’El Hadji Ibrahima Niass. Ce mois durant lequel fut révélé le Coran, se vivait pleinement à Médina et c’est la période qu’il choisissait pour se consacrer à des séances d’exégèse du Livre Saint à l’intention de tous les musulmans.

D Photo : Baye Niass disant son sermon lors de la prière l’aïd C’est un exercice dans lequel il était réputé. A l’image de l’arrivée du mois de naissance du prophète Mouhammad (PSL), il s’y préparait en revisitant longuement l’histoire de l’Islam, la vie de l’Envoyé ainsi que les écrits des grands exégètes afin de « dire à son audience les récits les plus authentiques et les pages plus justes de la vie de notre religion ». Il est incontestablement le plus grand exégète en wolof du Coran que le Sénégal ait connu. Aujourd’hui l’assemblage de ces différentes années de visites du Coran a permis la production d’une œuvre sonore complète du Livre Saint traduit en wolof, de bout en bout.

De son vivant aussi, il a effectué à 2 ou 3 reprises l’exégèse du Livre Saint en langue arabe pour les arabisants-arabophones et talibés maures, nigériens, nigérians, camerounais, ghanéens qui affluaient à Médina Baye pour diverses raisons. En 1968, dans son interview à la radio gambienne, Cheikh Ibrahima Niass affirmait être allé en pèlerinage à la Mecque 18 fois. Entre cette date et 1975, on peut affirmer qu’il y est reparti 2 ou 3 fois. Il le justifiait en disant :

« Celui à qui ALLAH a donné les moyens, qui remplit les conditions et qui y va une

fois, celui-là a fait son devoir de musulman ;

Celui à qui ALLAH a donné les moyens, qui remplit les conditions et qui y va une seconde fois, fait une dette à son l’endroit de son Seigneur ;

Celui à qui ALLAH a donné les moyens, qui remplit les conditions et qui y va plusieurs fois quand il le peut, celui-là fait parti des gens reconnaissants vis-à-vis de leur

Seigneur ».